dimanche 8 juillet 2012

7 juillet – Jour 34


Chaîne de rires! 

Nous en sommes déjà à conclure la première moitié de notre stage. Après notre semaine d’observation, nous avons disposé de quatre semaines pour tout d’abord nous doter d’une structure de travail, puis initier les enfants à différentes formes d’expression artistique, élaborer avec eux certaines œuvres, puis réaliser d’autres projets tels que l’aide aux devoirs et la collecte de témoignages pour un projet éducatif québécois sur les droits des enfants au Honduras.

Pour la participation aux activités artistiques, nous avons divisé l’ensemble des enfants en deux sous-groupes : l’un en arts visuels et l’autre en arts de la scène. Puis, pour l’animation, nous avons réparti notre équipe selon nos intérêts et notre expertise. Je fus désignée responsable du volet arts de la scène, bénéficiant toujours de l’aide d’une ou deux autres stagiaires.

Nous avons tiré profit du nombre infime d’heures allouées à nos activités pour déployer un éventail d’exercices axés sur les objectifs formulés par le Hogar, soit que les enfants puissent se réaliser par l’art, augmenter leur degré de confiance en eux, apprendre à régler les conflits sans violence et développer un sentiment d’appartenance au groupe. Aussi, nous devions monter un court spectacle de même qu’une exposition en prévision du 27e anniversaire du Hogar, le 1er juillet. Bref, pas le moindre des défis.

Enregistrement de la nouvelle version de la chanson
El mamut
Du côté des arts de la scène, nous avions heureusement une matière première à façonner. En effet, à notre arrivée, les enfants nous avaient présenté une danse typique, la punta, et trois saynètes sur fond musical. Nous avons sélectionné deux d’entre elles, soit El niño y la boda, puis El Mamùt. Dans la première chanson, un enfant laisse sa mère mourante pour découvrir que son père se remarie avec une autre femme, et dans la deuxième, un mammouth s’initie à divers vices grâce à ses amis, pour se farcir ensuite un cancer, une cirrhose, le sida et mourir d’une overdose de cocaïne… (Je crois qu’on sous-estime la latitude jusqu’à laquelle s’est propagé le concept d’happy end…)   Nous avons donc réussi miraculeusement à enchâsser l’une des pièces dans l’autre, à inclure davantage de personnages, à insuffler une dose de dynamisme à la mise en scène et à ajouter une portion POSITIVE à l’histoire.

L'une des petites danseuses folkloriques
du village paradant devant
l'exposition, le jour du spectacle
Il va sans dire que nous avons subi notre lot de découragements, de doutes et d’épuisements, mais nous avons survécu et vaincu! Le 1er juillet, 240 personnes se sont présentées au Hogar pour célébrer l’anniversaire, et ce fut la plus belle des récompenses que de constater comment la pièce revisitée et l’exposition furent accueillies chaleureusement par le public, satisfirent l’équipe du Hogar et surtout, furent source de fierté pour les enfants.

Nous avons maintenant droit à une semaine de repos bien méritée. Nous en profiterons pour faire le point et le plein d’énergie avant de revenir dans la communauté et de recommencer à neuf, puisqu’on inversera alors les deux groupes et qu’on devra monter un nouveau projet pour la prochaine visite des parents, le 5 août. ¡Hasta pronto!

Crédit photo: Marie-France Auger


Un extrait de El nino y la boda!




samedi 23 juin 2012

18 juin – Jour 15



Notre maison! (crédit: Élyse)
L’air est bon. Il s’alourdit souvent avant de se délester de quelques averses, mais on respire bien dans cette petite vallée. Le temps s’écoule doucement, ponctué du beuglement des vaches, du chant des coqs et des oiseaux, puis du cri des salamandres (je ne sais pas s’il s’agit véritablement de salamandres et si on peut appeler ça un cri, mais il est certain que ces petits reptiles émettent un son particulier… Comme une série de gros becs mouillés!) Il y a certes des soirs où je préférerais m’épargner les basses fréquences qui nous parviennent du village, appuyant des rythmes reggaeton, mais après tout, il nous faut bien un rappel culturel! Surtout depuis notre bulle qui semble isolée du reste du monde…

À gauche, le dortoir des garçons, et à droite, le comedor. Chaque
matin, quelques enfants nous attendent les bras ouverts au pied
du sentier qu'Éliane descend. (crédit: Élyse)
L’environnement paisible permet presque d’oublier les violences qui tourmentent le pays, mais il ne suffit que de sonder le passé des jeunes pour voir autrement. J’ai l’impression que les multiples cicatrices sillonnant leur corps ne sont qu’une pâle esquisse des blessures que ces enfants portent. Les fois où, discutant avec un enfant, j’ai entrouvert une porte dérobant l’accès au passé, les mots se sont fait rares, la douleur, tangible, et les émotions, poignantes.

Fernandito et Angel, par une journée torrentielle
(crédit: Marie-France)
La semaine dernière nous permit notamment d’observer l’apogée sentimental chez les petits. Il s’agissait de l’une des rares occasions dans l’année où les enfants pouvaient aller passer quelques jours dans leur famille. Certains, les yeux brillants, nous confiaient leur hâte de voir enfin leurs parents, frères et sœurs. D’autres affichaient un enthousiasme plus mitigé, atténué par leurs craintes de refaire face à certaines réalités. Mais le plus troublant fut certainement de lire l’affliction dans le regard de ceux qui ne pouvaient aller rejoindre les leurs, faute d’avoir un parent s’étant manifesté pour les prendre en charge. Presser sur son coeur un enfant qui pleure son abandon est l’une des choses les plus bouleversantes qu’il me fut donné de vivre. On éprouve une telle impuissance devant l’inconsolable…

Or, la plupart d’entre eux sont encore des enfants. Les enfants ont cette faculté salutaire d’émettre les fous rires les plus sincères quelques minutes après avoir épuisé leurs larmes. Et bien qu’ils n’oublient pas, la part d’adulte en eux a déjà appris à se relever suite aux chocs subis. L’apprentissage aux côtés de ces petits hommes n’a de cesse!


Mes six adorables camarades, en pleine
dégustation de l'ananas du dimanche!
Ma tronche d'épanouie (crédit: Élyse)









samedi 16 juin 2012

11 juin - Jour 8


Déjà une semaine. Ou un mois? Une fois au lit, les événements de la matinée semblent s'être produits quelques jours auparavant. Notre première semaine fut allouée aux observations et à la rencontre des enfants. Leurs journées sont réglées seront un horaire précis et des règles bien établies:

5h- Certains se lèvent pour les corvées matinales comme la traite des vaches.
6h- Tous se lèvent
7h- Petit déjeuner (incluant souvent des frijoles... au grand dam de notre estomac!)
8h- Heure de la classe
12h- Dîner (incluant aussi souvent des frijoles...)
13h- Ateliers: boulangerie, menuiserie, travaux d'entretien, agriculture, artisanat.
15h- Ateliers spirituels certains jours, ou sinon un temps libre souvent meublé d'une partie féroce de futból
17h- Souper (comprenant fréquemment des frijoles...)
18h- Travaux scolaires
19h- Temps libre
21h- Coucher

De plus, au fil de la journée, chaque enfant assume certaines responsabilités qui contribuent au bon fonctionnement du Hogar (surveiller les vaches, veiller à ce que les oiseaux ne mangent pas les poissons, vendre du pain à la Colonia de Divina Providencia, etc).

Nous nous sommes donc insinuées dans leur routine, observant le déroulement de leurs classes, donnant un coup de main dans leurs ateliers, discutant avec eux pendant les repas et jouant dès qu'ils n'étaient plus affairés par leur besogne. Les nombreux moment passés avec un ou plusieurs enfants s’enfilent rapidement en un chapelet de souvenirs. D'où l'impression d'avoir séjourné ici une éternité.

Je commence ainsi à mieux connaître les 42 petits hommes. Après trois jours, j'arrivais enfin à tous les nommer et à saisir un peu mieux la personnalité de certains, surtout les plus dégourdis qui n'hésitaient pas à nous aborder. Or, nous étions si souvent submergées par le torrent d'attention qui nous provenait de ceux-ci, qu'il m'en fallut davantage pour connaître ceux à la mine plus effacée. Mais l'énervement suscité par notre arrivée finit enfin par s'atténuer et je trouvai le souffle pour approcher ceux qui lorgnaient de loin nos échanges avec envie. Il ne s'agissait souvent que de tendre un bras, poser une question ou donner la chance de participer à un jeu comme les autres pour qu'ils ne m'enveloppent à leur tour d'une étreinte chaleureuse et qu'ils ne manifestent l'envie d'échanger.

Notre présence sortant désormais moins de l'ordinaire, certaines problématiques ressortent plus visiblement, telles que la violence entre les enfants, les problèmes de comportement, les difficultés d'apprentissage, ou les troubles de langage.  Lors de notre seconde réunion avec le personnel du Hogar,  nous avons pu rapporter nos observations et présenter diverses propositions quant à la forme que le projet pourrait avoir. Don José nous a exhortées en faisant remarquer que ces problèmes observés formaient justement la raison d'être du projet et du Hogar même.

Nous voici donc prêtes à entamer cette semaine-chantier pendant laquelle nous définirons plus concrètement les bases du projet et ferons une entrée en matière avec les enfants.

P.S. J'essaierai d'ajouter des photos le plus vite possible!     

jeudi 14 juin 2012

4 juin - Jour 1


Après un atterissage bien corsé dans la moiteur de Tegucigalpa, notre groupe de six jeunes femmes dégoulinantes se voit enchanté de repérer à l'aéroport le sourire familier de Marie-France et de faire enfin la rencontre du bien sympathique Don José, le directeur du Hogar. En fin d'après-midi, nous nous éloignons de la capitale en minibus.

Une nervosité subtile semble poindre dans le minibus alors que nous approchons du Hogar. Nous trépignons toutes de voir enfin cet endroit et de connaître ces fameux petits. Puis ça y est. Après avoir emprunté quelques petits chemins de campagne, nous longeons un terrain de foot sur lequel on aperçoit un enfant s'immobiliser, suivant notre véhicule du regard. Puis, un autre fait de même un peu plus loin. Don José nous le confirme: nous sommes bien arrivés. D'autres petits affluent et nous suivent à grands pas. Aussitôt la porte entrouverte, une vague d'enfants déferle et nous engloutit sous les étreintes, nous inonde de questions et nous éclabousse de sourires. Le trop-plein d'émotions ne tarde pas à s'écouler aux coins de mes yeux déjà embrumés par la fatigue.

Je ne m'étais nullement préparée à ça... Je pensais devoir apprivoiser fastidieusement une bande de petits hommes farouches et timides, mais je me trouve déjà subjuguée de voir leur coeur qui nous est grand ouvert, irradiant de bonne humeur et d'amour. Far out. Les gamins se ruent sur nos bagages pour les coltiner, prêts à porter une charge équivalant presque leur poids.

Avec entrain, ils nous guident jusqu'au petit nid qu'ils ont préparé pour nous. Notre maison est parfaitement fonctionnelle grâce à leurs efforts déployés durant la semaine pour rétablir l'électricité, nettoyer, installer nos lits et les vêtir de draps on ne peut plus neufs. Ils sont fiers de tout nous montrer. Dès qu'ils ont quitté les lieux pour nous laisser nous installer, nous échangeons toutes un regard avant que ne fusent les rires et les exclamations: nous croulons sous le charme de ces petits, et l'on peut déjà prédire que nous ne tarderons pas à éprouver un fort sentiment d'attachement pour eux. Reste à voir comment évoluera la situation... C'est à suivre!

mercredi 24 août 2011

Derniers instants les pieds au sud...

Voilà... La fin s'annonce. Dur à croire. Je ressens l'impression que c'était hier, ce jour où j'ai quitté le froid montréalais pour rejoindre la chaleur et la moiteur de Buenos Aires. Et pourtant, tant de grains se sont écoulés dans le sablier ... J'ai certainement changé aussi... Comment? Hum, dur à cerner. Le constat s'imposera sans doute mieux une fois revenue à la vie d'avant.

Les derniers jours à Buenos Aires furent meublés d'une pagaille d'émotions...

Le vague à l'âme de connaître l'apogée de mon dernier voyage et ses aventures,
L'enthousiasme fébrile de vivre à nouveau le changement,
L'appréhension du travail qui m'attend à la maîtrise,
La nostalgie en attachant mon regard une dernière fois sur la ville,
Le bonheur à l'idée de revoir et de serrer bien fort dans mes bras ma famille et mes amis,
La tristesse des adieux à tous ceux qui m'ont été chers ici...

Après un mois de voyage dans le nord, je suis déjà moins porteña... Je ne me souviens plus du nom de toutes les rues... J'ai perdu la cadence de la ville et son quotidien... Néanmoins, je suis chez moi, je n'ai plus aucun sentiment d'être étrangère. J'ai la sensation de m'être fondue à ce petit monde, d'y être bien encastrée. Je parcours la ville, mais j'ai du mal à réaliser que c'est la dernière fois.

Et puis, il y a la dernière bière, le dernier café, la dernière ballade, la dernière sortie avec telle ou tel ami. Dès qu'on est plus de deux, c'est plus fort que moi, je décroche un peu de la conversation, puis mon esprit s'embrume, observe depuis l'extérieur et songe: «Ça, ça va me manquer» ou plutôt "Eso, lo voy a extrañar".





dimanche 21 août 2011

Quelques photos du Chili...

Cliquez pour voir le détail...



Ascension du Pochoco

Museo a cielo abierto 



Les couleurs de Valparaiso



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jeudi 28 juillet 2011

Semana 17

Quelle belle incursion dans l'univers chilien! Une expérience humaine incroyablement riche, sur fond de paysages majestueux, que ce soit les vignobles logés au creux de sommets enneigés, ou la mer habitée de ses embarcations.

J'ai d'abord passé quelques temps à Santiago à errer en vraie touriste. Le dernier jour passé dans la capitale, je l'ai consommé à force de sueur en montant le cerro Pachoco avec quelques Chiliens. Que 1 800 mètres me disaient-ils... À défaut d'avoir exercé mon fameux potentiel musculaire les derniers mois, je me suis vue rudement mise à l'épreuve lorsqu'il fallu redescendre un soit-disant sentier, dans lequel je perdais pied à chaque instant sur le sol sec et dérapant. Mais l'expérience en valait certainement les courbatures!

Ensuite, je suis demeurée une semaine à Valparaiso, alors que j'avais prévu n'y séjourner que deux journées. Tout d'abord, j'ai allongé ma visite parce que mes hôtes m'ont convaincue d'en faire autant, et par la suite, je ne pouvais littéralement plus sortir, car la route des Andes était bloquée pour des raisons climatiques.

Bien honnêtement, ça ne m'a pas trop dérangée d'être coincée ainsi dans la ville portuaire. Valparaiso a tout pour plaire: de vieilles bicoques en tôle colorée nichées sur les collines; des marchés où chacun crie pour vendre ses fruits de mer ou ses légumes au meilleur prix (il y avait même un marchand qui avait posté un homme au micro pour annoncer les prix!); des funiculaires bien antiques vous élevant à de superbes points de vue de la ville d'où effusent le chant des coqs et les sirènes des bateaux; des fresques ornant les dédales des rues tortueuses, comme si l'on se trouvait sur le terrain de jeux grandeur nature d'artistes-peintres; une vie culturelle qui s'épanouit de façon subtile, légèrement cachée, mais bien dynamique... Puis on y retrouve la tranquilité, le charme et la convivialité de la campagne, tout en étant dans un centre urbain important. Bref, une ville à faire rêver!
 
Par ailleurs, j'ai eu la chance d'assister au déchaînement des passions liées à deux thèmes différents. Le premier, est redondant en Amérique latine comme il peut l'être en Europe, mais il n'en demeure pas moins spectaculaire pour les amateurs de hockey relativement tranquilles que "nous" sommes: il s'agit bien de l'enthousiasme grandiloquent pour le futbol, particulièrement dans le contexte de la Copa América. Avant chaque match, on sent une excitation extrême dans les rues où l'on se presse parmi les vendeurs de multiples articles prévus pour afficher les couleurs nationales ou simplement pour faire du bruit. Puis, premier contraste: lorsqu'a commencé la partie, les rues sont entièrement désertes, on n'y entend que la rumeur de tous les téléviseurs. Jusqu'à ce que retentisse le fameux "Goooooooooooool!!!!!" et ça y est, la ville se réanime sous un vacarme de klaxons, et une foule mue par l'envie de célébrer envahit les rues. Ainsi, le restant de la soirée, on se surprend à sourir franchement à chaque personne que l'on croise: tout le monde est content, et c'est joli que de palper ce sentiment de bonheur collectif tout simple, mais précieux. 

C-H-I, CHI! L-E, CHE! CHICHICHI, LELELE, VIVA CHILE!!

L'autre thème en est un plus profond et plus complexe: la révolte populaire. Avec Piñera à la tête du gouvernement, le Chili est le théâtre de nombreuses manifestations, très accourues, qui se terminent lamentablement de façon violente. J'ai quand même pu observer le segment plus serein de l'événement. Deux mouvements ont uni leurs voix lors de la manifestation monstre dont j'ai été témoin. D'un côté, il y avait la masse étudiante, qui fait la grève depuis quelques temps déjà, réclamant une éducation gratuite, car l'éducation chilienne serait l'une des plus dispendieuses au monde. Et de l'autre côté, étaient réunis une panoplie d'associations syndicales et autres, voulant protester contre le projet gouvernemental de privatisation du port et la répartition injuste des richesses (problème universel, je l'admets, mais particulièrement saisissant dans cette nation qui ne manque certes pas de richesses, et qui pourtant souffre énormément de la pauvreté). Enfin, ce fut émouvant de voir tant de gens, jeunes et moins jeunes, se rassembler, participer et s'affirmer de manière créative.

¿SI ÉSTE NO ES EL PUEBLO, EL PUEBLO DÓNDE ESTÁ? EL PUEBLO ESTÁ EN LA CALLE, PIDIENDO LIBERTAD! 

P.S. À défaut d'avoir une connexion appropriée pour télécharger des photos en ce moment, vous pouvez copier le lien suivant pour accéder à mon album Facebook si vous ne l'avez pas vu, puis je publierai quelques autres photos du Chili dans un prochain message. Bisou à tous! 
https://www.facebook.com/media/set/?set=a.10150706282960117.705153.818290116&l=2a5363c96b&type=1